Débat sur l'identité nationale :
Alain Blanchard : "Je ne serai pas de ce débat"
Lettre d’Alain Blanchard au Préfet de l’Oise qui l’invite à participer aux débats sur l’identité nationale, voulus par Éric Besson.
8 juin 2009
Monsieur le Préfet,
Vous avez bien voulu m’inviter à l’une des réunions organisées sur le thème de « l’identité nationale » qui se tiendra le Jeudi 14 janvier 2009 à Senlis.
Je ne serai pas de ce débat qui tend à alimenter les dérives du communautarisme et appuie une notion totalitaire de l’identité comme l’indiquent les questions posées en préalable « Qu’est-ce qu’être français ? », pourquoi « être fier d’être français », comment « définir l’identité nationale aujourd’hui ». Ces questions insidieuses flattent les esprits les plus rétrogrades, alimentent de nauséabondes pulsions, ressemblent trop à celles qui en d’autres temps ont conduit à la pire des tragédies de toute l’histoire de l’humanité. J’ajoute que toute tentative de repli identitaire occulte l’essentiel qui touche aux conditions de l’exploitation du travail humain et à l’aggravation des inégalités, aux lourdes menaces qui pèsent sur l’environnement, aux véritables responsables de la crise actuelle. J’évoque à peine les calculs politiciens et post électoraux que la presse commente abondamment et qui se dissimulent derrière une telle opération. S’il faut un vaste débat populaire, il doit porter sur l’histoire de la citoyenneté, de la démocratie dans notre pays, sur les droits de l’être humain et leur évolution, sur la préservation de notre planète et bien sûr, sur la Nation et la République. Vice président chargé de l’éducation et de la jeunesse au conseil général, je crois que la jeunesse de l’Oise, comme celle de notre pays, mériteraient de voir évoquer ces questions plutôt qu’un débat politicien et pernicieux, l’écartant les valeurs essentielles nécessaire à construire son devenir.
Ainsi tous ces biens communs des hommes et des femmes vivant en France n’ont pas été décrétés par un gouvernement, ni par un décret mais par l’addition de grands mouvements démocratiques et sociaux (1789, 1930, 1948, La Commune, 1936, La Résistance, le gouvernement de la Libération, les grands mouvements sociaux, le suffrage universel) et par l’apport des citoyens et citoyennes quelque soient leur origine, leur culture.
Nation et République, sont des constructions permanentes et jamais écrites, dues au travail des citoyens et des citoyennes eux-mêmes. D’ailleurs, notre pays a connu des périodes sombres comme la collaboration ou la colonisation, ou encore l’affaire Dreyfus, mais aussi et heureusement le plus souvent des périodes d’avancées humaines, de résistances et de conquêtes. Oui, nous avons besoin de débats citoyens, avec au cœur des questions telles que le droit de chacun et chacune à l’éducation, au travail, à la santé, à un environnement de qualité, des questions telles que les droits des femmes à vivre libres et égales, des questions telles que les droits des enfants, telles que l’avenir des collectivités et des institutions républicaines, telles que le droit des salariés à avoir des papiers. Oui, la République peut se questionner, elle doit le faire à partir des droits de l’être humain et non d’un a priori sur le statut de Français ou pire encore la stigmatisation de telles ou tels.
Avec l’action que nous conduisons en partenariat avec l’inspection d’académie et les équipes éducatives des collèges sur le travail de mémoire nous pensons contribuer à donner aux jeunes collégiens des repères autrement utile pour renforcer la notion du « vivre ensemble » aux antipodes des tentatives de division qu’alimentent le débat auquel vous me conviez.
Je me permets de vous indiquer que je suis favorable à la disparition du ministère de l’identité nationale qui dors et déjà s’inscrit comme une tache dans l’histoire de notre pays, tout comme je suis favorable à la régularisation des travailleurs sans papier, qui contribuent à l’essor et à la richesse de notre pays et mérite d’être reconnu par notre Nation.
Je vous prie donc de bien vouloir m’excuser et, Je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, mes meilleures salutations.
Alain Blanchard Vice président du conseil général de l’Oise, Conseiller municipal de la ville de Saint Leu d’Esserent. Paris, le 10 décembre 2009.



